Le matelotage est l’art de travailler sur les cordages pour réaliser différents types de travaux à bord. Il est vieux comme la navigation.

Il utilise des fils (fils à voile, fils à surlier (ciré), fil de caret, etc…) et des cordages de différents types.

Les cordages

De nos jours, on n’utilise plus les matières d’origine animale (cuir, crin, tendons ou boyaux).
Les cordages sont actuellement réalisés avec des fibres végétales (chanvre, coton, lin, coco, sisal, etc…) ou, de plus en plus,  synthétiques (polyester, polypropylène, polyamide, carbone).

Ils sont soit cordés (on parle de commettage) par enroulement de trois ou quatre « torons » sur eux-mêmes à l’aide d’une machine à corder (voir  démo ici)

soit tressés, avec éventuellement une gaine et une âme.

Selon le type de matériaux et la structure du cordage, ils seront plus ou moins élastiques.

Les cordages en fibres végétales (chanvre) ont tendance à rétrécir lorsqu’ils sont mouillés, et ils sont putrescibles.

Les cordages synthétiques sont imputrescibles mais peuvent être sensibles aux UV. Les cordages synthétiques tressés sont plus complexes à travailler en matelotage (épissures).

Il existe des cordages polyester qui imminent parfaitement les cordages traditionnels en chanvre.

La terminologie marine

  • Bout’: se prononce « boutte »: morceau de cordage. Terme générique.
  • Filin, ligne : cordage de faible diamètre. Terme générique.
  • Garcette : petit cordage de petit diamètre (typiquement, les garcettes de ris).
  • Ecoute : cordage servant à border les voiles.
  • Drisse : cordage servant à hisser voiles et pavillons.
  • Aussière : cordage de gros diamètre servant à l’amarrage ou au remorquage.
  • Touline : ligne légère frappée sur l’œil ou à l’extrémité d’une amarre et se terminant par un gros nœud, (souvent pomme de touline lestée). Sert à envoyer une amarre à distance.
  • Œil : boucle fixe dans un cordage, réalisée à l’aide d’un nœud, d’un amarrage ou d’une épissure.
  • Frapper : passer un cordage dans une poulie, tourner sur un taquet, etc…
  • Elinguer : entourer un objet d’un cordage pour le soulever à l’aide d’un palan ou d’une grue.
  • Le dormant : partie fixe d’un bout lorsqu’on réalise un nœud.
  • Le courant : partie mobile d’un bout lorsqu’on réalise un nœud
  • Lover un cordage : consiste à fabriquer une « glène » en enroulant des boucles l’une sur l’autre de façon à pouvoir stocker une grande longueur de cordage sans qu’elle s’emmêle.
  • Fil de caret : fil obtenu par filage de la fibre naturelle.
  • Toron : cordage constitué par commettage de fils de carets, et assemblé par trois ou par quatre pour commettre un cordage.
  • Ganse : « oreille » réalisée en passant le courant en double sous le dormant. Permet de défaire facilement le nœud.

Les nœuds

Il existe une multitude de nœuds et parfois une multitude de façon de les faire ou de les utiliser. Chaque profession a conçu des nœuds spécifiques (charretiers, tonneliers, chirurgiens, alpinistes, pêcheurs, etc…).

Il existe sur Internet d’excellents sites qui vous donneront tous les détails sur la réalisation et l’utilisation des très nombreux nœuds. Citons en particulier les sites mesnoeuds.free.fr ici  très complet et très bien illustré et https://www.lesnoeuds.com/noeud- ici.

Il sera donc détaillé ici uniquement les nœuds indispensables à connaître pour naviguer en voile-aviron, en mettant l’accent sur l’usage, les avantages et les inconvénients de chaque nœud.

Si vous souhaitez développer d’avantages vos connaissances sur les nœuds vous trouverez beaucoup de choses sur Internet et il existe de nombreux ouvrages les détaillant et pouvant vous aider à perfectionner votre technique.

Un nœud s’effectue en deux temps.

Dans un premier temps on « noue » le nœud en combinant correctement le dormant et le courant.

Dans un deuxième temps on serre le nœud en faisant travailler le courant et le dormant dans le sens où ils devront travailler pour s’assurer qu’ils se positionnent correctement et que le nœud ne se défera pas. Un nœud mal serré va glisser, se déformer et finalement lâcher sous tension.

Outre les amarrages spécifiques : épissures et surliures, on distingue en navigation trois catégories de nœuds :

  • Les nœuds d’ajout pour abouter temporairement deux cordages
  • Les nœuds d’arrêt qui se font en général en bout de cordage pour le terminer ou le lester ou pour marquer un point du cordage (interdire le passage dans une poulie au-delà de ce point par ex.)
  • Les nœuds d’amarrage qui servent à relier un codage à autre chose (un homme, un espar, une bitte d’amarrage, etc …).

Les nœuds d’ajout

Comme leur nom l’indique, ce sont des nœuds utilisés pour raccorder deux cordages de façon temporaire.

Le Nœud Plat.
Se réalise en faisant un premier nœud simple puis par-dessus celui-ci  un second nœud simple mais dans l’autre sens. Il permet de nouer solidement deux bouts de même diamètre. A éviter avec des cordages de diamètre diffèrent. Il a un aspect symétrique esthétique.

C’est un nœud très sûr, mais s’il a travaillé sous forte tension et s’il a été mouillé, il sera très difficile à défaire. Pour éviter ça, on peut faire un nœud plat gansé.

 

Le nœud de vache est un nœud plat raté en se trompant de sens sur le deuxième nœud.
Le nœud de vache est un nœud dangereux qui glissera et lâchera sous tension.

 Le Nœud d’écoute

Facile à faire vite, c ‘est un nœud très utile, en particulier pour raccorder deux cordages de diamètres différents. Il est résistant et facile à défaire même s’il a été mouillé ou s’il a fortement travaillé. Toujours réaliser le nœud avec le bout du plus petit diamètre. Pour plus de sécurité on réalisera un nœud d’écoute double en faisant une deuxième passe.

Doit être bien serré pour ne pas glisser

C’est typiquement le nœud à réaliser pour rallonger une écoute ou pour fixer une touline sur une aussière.

Le Nœud d’agui

Permet de relier deux cordages à l’aide de deux nœuds de chaise associés. (voir plus loin). Utilisé typiquement pour relier deux lignes de mouillage ou pour rallonger une remorque car résistant aux à-coups et facile à défaire.

A ne pas confondre avec le nœud de Lagui, qui est un nœud coulant réalisé en passant le dormant dans la boucle d’un nœud de chaise.

Le Nœud de pêcheur

A réaliser uniquement sur des fils ou cordages de petit diamètre. Résistant, rapide à faire et à défaire. Existe en double

Placer les deux bouts parallèles puis avec l’un faire un nœud simple autour de l’autre puis de même avec l’autre.  Les deux nœuds doivent s’emboiter et non se contrarier.

Les nœuds d’arrêts

Ce sont des nœuds réalisés sur le cordage lui-même, le plus souvent à son extrémité. Il serviront à arrêter rapidement le décommettage du cordage, a lester l’extrémité ou à élargir l’extrémité pour empêcher le cordage de filer (dans un poulie, dans un gorge).

Le Nœud simple ou demi-nœud

C’est le nœud que tout le monde sait faire !!! Difficile à défaire si très serré et mouillé.

Le Nœud en huit

C’est typiquement le nœud qu’on fait à l’extrémité d’un cordage pour l’épaissir, assurer une meilleure prise et /ou l’empêcher des filer dans une poulie ou un filoir.

Noeud de Cul de Porc

C’est un noeud qui se  fait uniquement sur cordage toronné.

Il est très important à connaitre car, facile à faire vite,  il permet d’empêcher ou d’arrêter le décommétage du cordage, éventuellement dans l’attente d’une intervention ultérieure (surliure ou soudure).

Il est aussi le point de départ de plusieurs tressages ou créations décoratives, dont le fameux « scoubidou ».

Noeud de Tête de More

Ce nœud est exactement l’inverse du nœud de cul de porc. Il est le point de départ d’une épissure d’arrêt.

Noué par dessus un Cul de Porc, il permet de réaliser une pomme de tire-veille.

La pomme de Touline

Réalisée en général pour lester l’extrémité du cordage. Peut-être alourdie en la réalisant autour d’une boule de bois (ce qui peut la rendre dangereuse).

Utile également pour terminer un cordage qu’on veut garder bien en main. Effet decoratif.

Les nœuds d’amarrage

Ce sont des nœuds utilisés pour relier un cordage à un point fixe ; un espar, un objet lourd, un taquet ou une bitte d’amarrage, un homme.

Nœud de chaise

C’est, avec le nœud de cabestan, le nœud à tout faire du marin.
Il permet de réaliser une boucle sur un cordage avec un nœud non coulant qui ne glissera pas, même sous forte tension.C’est le nœud a employer en particulier pour assurer un équipier.

Il restera toujours facile à défaire, même s’il a fortement travaillé.

Existe en double, en double sur son double et même en triple pour réaliser une chaise de calfat et hisser un équipier dans la mature.

Pour le réaliser il existe une « petite histoire » : si on imagine que le courant est le « serpent » et le « puit » la boucle de départ. « Le serpent sort du puits, fait le tour de l’arbre et revient dans le puits. ».

Le Nœud de Cabestan

C’est le nœud par excellence autour d’une barre ou d’un espar .

Il peut avoir tendance à glisser s’il n’est pas suffisamment serré. Il peut se desserrer en cas de tensions et relâchements répétitifs. Très rapide à faire ou à défaire.
Il y a deux façons de le nouer, selon qu’une  extrémité de la pièce est libre ou non.
Autour d’un espar dont les extrémités ne sont pas accessibles, faire un tour autour puis passer au dessus de la partie fixe et enfin repasser au-dessous de la dernière boucle.

Deux demi-clés à capeler

C’est un nœud de cabestan qui peut être réalisé très rapidement si on dispose d’une extrémité libre. Pour le nouer on  réalise deux demi-clés l’une sur l’autre, le courant passant sous le dormant,  qu’on « capelle » ensuite en les enfilant sur l’extrémité de l’espar avant de serrer le nœud. Réalisation quasi immédiate en réalisant puis capelant une première demi-clé avant de répéter le geste pour la deuxième demi-clé.

Si on veut assurer le nœud on peut le doubler en faisant un nœud de cabestan sur le dormant avec le courant.

Tour mort et deux demi-clefs

C’est un nœud qu’on réalisera de préférence au nœud de cabestan si la pièce doit supporter une très forte traction. Il évite que le nœud soit tellement serré qu’on ne puisse plus le défaire et il évite mieux le glissage du nœud sur la pièce.

On réalise deux tours morts autour de l’espar avant de réaliser ensuite un nœud de cabestan avec le courant autour du dormant du cordage.

Une variante de ce nœud est le Nœud d‘ancre qui se fait sur l’organeau d’une ancre. Pour le réaliser on fait deux tours morts autour de l’organeau puis passe la première demi-clé du nœud de cabestan  sous les deux spires du tour mort avant de réaliser la deuxième demi-clé. Ce nœud évite que le nœud de cabestan se défasse avec les mouvements du mouillage.

Nœud d’ancre, de grapin ou d’étalingure

C’est un nœud qui se fait pour relier un cordage à l’organeau d’une ancre, à l’etalingure du mouillage ou à un anneau de quai rouillé. Pour le réaliser on fait deux tours morts autour de l’organeau puis on passe la première demi-clé du nœud de cabestan  sous les deux spires du tour mort avant de réaliser la deuxième demi-clé. Ce nœud évite que le nœud de cabestan se défasse avec les mouvements du mouillage. Il évite également que le cordage ne s’use par frottement contre le métal.

Le nœud de taquet

Sert à tourner un cordage sur un taquet. On réalise un premier tour mort autour du taquet puis on réalise des huit autour du taquet (en général 2) avant de terminer par une demi-clé capelée sur l’extrémité du taquet.

Nœud de drisse ou Nœud de banc

C ‘est le nœud utilisé pour tourner une drisse sur un banc de nage. Ce nœud se largue très facilement, mais ne tient que sous tension.
On tourne la drisse autour du banc. En revenant au niveau du dormant de la drisse on croise dessus pour le coincer. On continue à tourner autour du banc pour finir en coinçant une ganse sous la spire.
Se largue en tirant sur la ganse.

Les nœuds à connaitre aussi

Nœud de sac
C’est le nœud à faire sur un sac qui doit être transféré par un va-et viens sans risque de voir le sac glisser à travers le nœud.

C’est une variante du nœud de cabestan en coinçant le col du sac sous la deuxième demi-clé

Faire une demi-clé autour du col du sac, puis rabattre le col du sac sur la demi clé. Faire ensuite une deuxième demi-clé pour coincer le rabat. Serrer fort.

Le nœud de jambe de Chien
C’est un nœud facile à faire et à défaire très utile pour raccourcir un cordage sans le couper. Mais c’est un nœud qui ne tient que sous tension.

Raccourcir le cordage en le repliant sur lui-même puis faire une demi-clé sur chaque extrémité de la glène. Si on veut sécuriser le nœud, on peut remplacer les demi-clés par deux demi-clés a capeler, mais le nœud sera plus difficile à défaire s’il a travaillé.

Nœud de plein poing

Nœud très simple à réaliser qui permet d’obtenir vite une boucle  en n’importe quel point d’un cordage. (Par exemple pour réaliser un palan sans poulie).

On prend le cordage en double avant de réaliser un nœud ordinaire.

Peut être difficile à défaire si il a beaucoup travaillé.

manipuler un cordage

A bord, il est vital pour la sécurité que chaque cordage soit toujours bien rangé, immédiatement disponible, sans « sac de nœud ». Chaque cordage sera enroulé selon une procédure qu’on appelle « lover le cordage » qui permet de réaliser une « glène ». Il existe plusieurs façons de faire, en particulier selon que le cordage est toronné ou tressé. La procédure utilisée pour les cordages toronnés peut être utilisée pour tous.

Lover un cordage

Compte tenu du sens du commettage de la plupart des cordages, on réalise, de la main droite, des boucles successives dans le sens des aiguilles d’une montre en donnant une légère torsion au cordage à chaque boucle pour que les boucles tombent « bien rondes » les unes sur les autres dans la main gauche. Un cordage est toujours lové en partant du point fixe vers l’extrémité libre pour permettre au cordage de se détordre pendant l’opération. On réalise ainsi une glène de cordage qu’il faut nouer ensuite correctement pour pouvoir la manipuler. Démo ici

Pour nouer la glène, on commence par entourer la glène de plusieurs tours serrés. Pour terminer, le dernier tour est passé dans la glène puis par-dessus la glène.

La glène de cordage lové se manipule par l’extrémité libre du cordage et se stocke de préférence suspendue.

Les filins (cordages fins) ne sont pas lovés car risqueraient de s’emmêler trop facilement. Ils sont rentrés progressivement  en vrac dans un sac ou un seau ou bobinés sur un support.

Les grosses aussières sont lovées à plat pont.

Lancer une amarre

Si la glène n’est pas trop lourde et ne doit pas aller loin, on pourra la lancer directement. Mais dès lors  qu’on veut lancer loin, on utilisera de préférence un lance amarre réalisé en nouant une pomme de touline  à l’extrémité d’un cordage léger de bonne longueur. Celui-ci, très soigneusement lové,  sera alors noué par un nœud d’écoute double avec l’amarre à envoyer .La glène de lance amarre est divisée en deux glènes; l’une de quelques spires  avec la pomme de touline sera tenue dans la main droite et l’autre dans la main gauche ouverte. On lance la pomme et sa petite glène en prenant bien soin de laisser la grosse glène filer à la demande.

N.B. : en cas d’échec, la glène de touline devra être soigneusement lovée  avant chaque lancer si on veut éviter de lancer un sac de nœuds qui fera plouf lamentablement.

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